Lettres aux amis de la police (et de la gendarmerie) 2011/4
Chers collègues et chers amis,
Vous l’aurez noté, le rythme de parution de cette « Lettre » a considérablement ralenti. La faute à quelques occupations assez prenantes qui mobilisent l’auteur sur divers fronts (Cf les nouvelles éditoriales dans cette Lettre)…
Néanmoins, il ne saurait être question de passer plus longtemps sous silence ce qui se fait et se publie dans notre domaine… qui continue à bouillonner.
Vous voudrez bien excuser le laconisme de certaines annonces… mais il reste 24 pages serrées à lire dans vos soirées de printemps… Bien cordialement Jmb
1. L’ACTUALITÉ des ARCHIVES
■ Sauver les archives de la période communiste en Hongrie : http://www.cha-shc.ca/en/News_39/items/56.html
■ Rififi aux AN… Du bon usage du projet de la Maison de l’Histoire de France ? Quelques textes qui auraient vu vous échapper : Réaction et analyse de V. Duclert http://blogs.mediapart.fr/blog/vincent-duclert/210211/que-se-passe-t-il-aux-archives-nationales-la-reponse-par-la-maison- et la Réaction de l’AAF : Isabelle Neuschwander, directrice des Archives nationales, a été limogée cette semaine. Chacun reconnaît sa valeur professionnelle remarquable et son implication personnelle dans la conduite de l'un des plus grands projets du ministère de la Culture, le site des Archives nationales en cours de construction à Pierrefitte-sur-Seine. Cette décision est donc choquante. Au nom de l'Association des archivistes français, je veux exprimer d'abord notre indignation. Mais outre son caractère brutal et injuste, cette mesure nous semble également incompréhensible, appliquée à un haut fonctionnaire qui n'a pas démérité. Les Archives nationales ne sont pas simplement « une institution de référence », un lieu vaguement symbolique de la mémoire de la nation : comme l'ensemble des services d'archives en France, elles constituent aussi un lieu de démocratie par excellence, où s'exercent les droits des citoyens et où peut s'écrire et se transmettre une histoire plurielle et critique. Les archivistes, comme les autres professionnels de la culture et les historiens, sont au service de cette vision d'une politique culturelle ambitieuse et citoyenne. Ils demandent seulement à être respectés. Xavier de la Selle Président de l’Association des Archivistes français
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■ Incendie au Palais de justice de Marseille : 400 m3 d’archives judiciaires détruites… Une solution radicale pour éliminer des archives gênantes ? / encombrantes ?? Le 10 février dernier, des archives conservées au Palais du Justice de Marseille ont été détruites dans un incendie. Les dégâts semblent s'élever à 400 m3 de documents.
BULLETIN QUOTIDIEN DE PROTECTION CIVILE N°41 Du jeudi 10 février 2011, à 07h00, au vendredi 11 février 2011, à 07h00 BOUCHES DU RHÔNE – MARSEILLE / 13 ème Arr., 15h03 : un incendie a détruit 400 m3 d'archives dans deux locaux du tribunal d'instance situés dans le bâtiment historique du palais de justice. Environ 70 marins pompiers ont été engagés, il n'y a pas eu de victime. Une enquête judiciaire est en cours Un incendie au tribunal d'instance de Marseille s'est déclaré jeudi après-midi, au moment où plusieurs centaines de magistrats et avocats se réunissaient pour manifester, a constaté un journaliste de l'AFP. Entre 300 et 400 avocats, magistrats, en robe, greffiers et auditeurs de justice ont commencé à se rassembler devant le tribunal pour protester contre la mise en cause du secteur par Nicolas Sarkozy. Au même moment, le tribunal d'instance et de police, installé dans le palais Monthyon et d'où s'échappaient d'épaisses fumées blanches et noires, était évacué. Selon les premiers éléments recueillis sur place, le feu a pris au rez-de-chaussée au niveau des archives du bâtiment et de l'imprimerie, sous les salles d'audience, sans faire de victime, et mobilisant une soixantaine de pompiers. Quelque 400 m3 de papier ont brûlé, selon les pompiers. "Ca peut être intentionnel, on ne sait pas, on a saisi la PJ et un spécialiste des incendies va intervenir", a indiqué le procureur de la République Jacques Dallest. Selon José Allegrini, avocat et adjoint au maire de Marseille chargé de la sécurité, "une inspection de sécurité a été faite il y a quelques mois. " Ce sont des archives remontant aux années 70, donc si elles sont compromettantes c'est pour l'Histoire, pas pour l'actualité", a-t-il dit, ajoutant "n'y voyez aucune conséquence de l'actualité contestataire, personne ne s'est immolé
■ La maison de l’histoire de France projet essentiel du quinquennat (suite)
Le maire de Vincennes rappelle son offre : MUSEE DE L’HISTOIRE DE FRANCE : VINCENNES, UN CHOIX « PLUS QUE JAMAIS » POPULAIRE ET EVIDENT. Le musée de l’Histoire de France, dont la création avait été annoncée par le président de la République en janvier 2008, ne sera pas localisé aux Archives nationales, comme cela devait être le cas : les Archives Nationales, qui avaient été préférées au Château de Vincennes et aux Invalides à l’issue d’une longue compétition, n’ont plus l’espace suffisant pour accueillir le projet, comme le rapportent plusieurs sources concordantes. Je souhaite donc reprendre le combat en faveur du château de Vincennes, qui constitue d’un point de vue tant historique que logistique et financier, le meilleur choix que l’État puisse faire. C’est un choix dont l’évidence est manifeste, et qui est soutenu par toute la population, des chercheurs, des historiens et des personnalités du monde de la culture et des medias, au contraire de tous les autres sites déjà envisagés. J’appelle non seulement l’État mais aussi l’ensemble des collectivités locales concernées à redonner vie à ce vaste monument millénaire sous-occupé. Choisir Vincennes, c’est l’occasion de donner un visage au Grand Paris. L'installation de ce musée national, avec tout ce qu'il porte de symbole et de force, à Vincennes, serait la traduction concrète de la volonté de l'État de rééquilibrer à l'est la région capitale. Ce beau projet peut être la première pierre d'un Grand Paris hors de Paris ! Je propose, en outre, de faire du château un véritable pôle de recherche historique et de rayonnement culturel, doté d’une forte attractivité, avec un projet architectural audacieux et une mise en lumière s’appuyant sur le meilleur du savoir-faire national. Appel du maire de Vincennes pour accueillir la MHF http://laurentlafon.blogspirit.com/
■ M. Rioux, président du comité scientifique de la Maison de l'histoire de France, revient sur sa mission … "M. Sarkozy nous a associés à une vision de l'histoire que nous ne partageons pas" LE MONDE | 2011/03/12 14:24:26
■ L’étranger jette un regard critique et étonné sur cette passion pour l’histoire du président français … http://www.nytimes.com/2011/03/09/arts/design/sarkozy-wants-his-history-museum-in-paris.html?_r=2&scp=1&sq=Maison%20de%20l “ The idea is to distill centuries of Gallic gloire into a chronological display, supplemented by lectures, seminars and temporary shows borrowing materials from the country’s already plentiful local and regional history museums.” http://www.elpais.com/articulo/cultura/museo/Sarkozy/divide/Francia/elpepicul/20110314elpepicul_1/Tes 2/ Appels à contributions / Colloques/ propositions diverses
■ Les prochaines séances des séminaires de METIS Programme : http://centre-histoire.sciences-po.fr/centre/groupes/renseignements.html Centre d’Histoire de Sciences Po, 56, rue Jacob 75006 Paris Lundi 14 mars 2011 à 18h00 : « Les pratiques des organes de renseignement à l’aune des libertés publiques » avec M. Alain Bauer, professeur de criminologie au CNAM et président du Conseil supérieur de la formation et de la recherche stratégiques (CSFRS) : "L'activité du groupe de travail sur les fichiers" Lundi 4 avril 2011 à 18h : M. Frédéric Ocqueteau, directeur de recherches au CNRS : "Usages et mésusages du fichier STIC par les forces de l’ordre"
■ MAJOR CONFERENCE ON THE HISTORY OF THE CIA – 29/30 APRIL 2011 "LANDSCAPES OF SECRECY: THE CIA IN HISTORY, FICTION, AND MEMORY" EAST MIDLANDS CONFERENCE CENTRE, UNIVERSITY OF NOTTINGHAM, NG2 7RD, UK Listen to top speakers, including Christopher Andrew, Nigel West, Robert Jervis and Wesley Wark at the largest ever conference on the history of the Central Intelligence Agency. The event covers the history of CIA / OSS, Cold War espionage with famous events such as the “Bay of Pigs” and the shoot-down of the U2 spy-plane. It also covers spy-film and spy-fiction with panels discussing subjects such as Ian Fleming's portrayal of the CIA in the iconic OO7 James Bond novels. REGISTRATIONS FOR ATTENDANCE CAN BE MADE ONLINE http://www.nottingham.ac.uk/american/landscapes/registration/registration.aspx Professor Richard J Aldrich R.J.Aldrich@warwick.ac.uk
■ Appel à contribution Lundi 25 juillet 2011 : Police Brutality & Police Reform in Russia and the Post-Soviet Republics Call for contributors: “Police Brutality and Police Reform in Russia and Post-Soviet Republics” Having in 2005 published a first issue on transformations in the police in post-communist Europe (http://pipss.revues.org/index271.html), Pipss would now like to return to the subject of the police in Russia and other ex-USSR republics, by presenting recent research from a sociological, anthropological and historical point of view on problems the institution is currently facing, with emphasis on corruption and police violence, sociology of police staff and an analysis of current reforms. This issue will be conducted in collaboration with the program “Understanding Violence in Russia” (http://russiaviolence.hypotheses.org/), supported by Emergence(s), Mairie de Paris and CERCEC. On March 25th,a seminary devoted to Russian Police will be held in Paris. You can find the program at http://russiaviolence.hypotheses.org/1335 Once again, the “police problem” is on the agenda in Russia. Since 2009, it has returned to the forefront owing to various events in the news or public scandals (Evsyukov and Dymovsky affairs, etc.) bringing to light corruption in the police and the abuse and violence committed by the police. The exposure of these phenomena has prompted project for deep down reform both in the police and the Interior Ministry. This is nothing new: the “police problem” has been a recurrent issue in political confrontations and in the media since the Soviet Union, with greater or lesser intensity depending on the period. Already harshly criticized under Andropov, it was then denounced during perestroika and the 1990s for its endemic corruption, the opacity of its workings and its arbitrary decisions affecting citizens. The many police reforms put in place during the years 2000 mainly concerned the reorganization of the Interior Ministry services, considered particularly closed and resistant to change and thus prompting repeated cases of defiance both on the part of the authorities and of citizens. Some research has been devoted to the functioning of the Soviet police organisation (Favarel-Garrigues, Shelley), to changes during perestroika (Galeotti), to the reduction of policing missions and actors in the 1990s (Favarel-Garrigues and Le Huérou) and to the development of extra-professional lucrative activities in the context of exercising police functions (Kosals and Ryvkina). Some more micro-sociological research deals with interactions between the police and particular social groups (Gladarev, Novikova). Today, with a new police reform being put in place in Russia, new analyses are necessary in order to: study the reality of police brutalities make a sociological study of police staff explain the forms of mobilisation in face of / against the police finally, understand the elaboration of reform policies Similar evolutions of police reforms occurred in the former soviet states even if we know much less about what is going on in the other republics. In numerous republics of the ex-USSR, the repressive role of the police could serve as a starting point for thought on rationales of law enforcement. The scope could also be widened to include the Baltic countries faced with the transition from a Soviet legacy to the Europeanisation of the police institution. It should be possible to give a first overview of the impact of reform in Georgia, its impact on the police institution as well as on society. Pipss thus seeks to broaden its scope, with a particular call for papers from researchers working on police in Russia as well as in other ex-USSR republics. I – Police Brutality A great many sources (media, NGOs, testimonies increasingly making use of Internet as a means of expression and diffusion) relay information on the violence deployed by the Russian police in the past twenty years in the exercise of public security missions, judiciary police and law enforcement. However, the abundance of information on acts of violence is rarely accompanied by fine analysis, thus in general, the Russian police institution remains under-researched. We would like this issue of Pipss to deal with the following themes: Police violence: practices Extortion of confessions The law enforcement framework (OMON) Public security, neighourhood police , the BIGDD / GAI The police and minorities: police and discrimination Complaints and treatment of complaints in Russia Specific link of police violence spread with armed conflict in Chechnya Police violence: its impact on MVD reform II - The Police from Within From the point of view of professional sociology – and because to date, there has been no real sociology of the police – it would be relevant to discuss the following questions: What does the professional socialisation of agents consist in? How does training take place, what is the itinerary of a career in the police? What are the professional factors weighing on relations between policemen and citizens that can influence various forms of violence? Pipss.org also wishes to publish articles in this issue dealing with: The reality of the police in a provincial city Biographical itineraries of policemen. III - Modes of mobilisation in face of the police Pipss.org is also interested in different types of mobilisation against the police, the following points in particular: Citizen control / the setting up of 2008 control committees Work of NGOs Internet and the publicising of private experiences of police violence Radical manifestations: violence against the police? (Voina, the “primorskie partisans”, etc.) Pipss would also like to know more about the influence of these mobilisations on police reform policy. IV - Police Reform Ongoing debates in Russia since 2009 on police reform deserve special attention. It is important to analyse the universal consensus of denunciations as well as their form – the fact that they come from victims of abuse or from members of the police force. While criticism basically remains the same, the actors (government, NGOs, policemen reporting abuse, citizens’ mobilisations, etc.) and modes of action (from bringing to the attention of the public to direct action) have evolved considerably, both in terms of the means used (increasing recourse to the blogosphere – for example “youtube cops”; publication of a draft law on Internet, with the possibility for interested parties to discuss and comment) and in the resources they represent for actors pursuing very diverse ends. The following questions can be posed on the subject of reform: The police problem as it regularly appears on the public scene, fueling political confrontations and debates concerning a reform of the institution. Motives of reform: Internal rationales: the MVD and other force structures: is it possible to regain control of an opaque institution? Rationales of regional and international integration: cooperation with the European Union, other organisations for political cooperation (CSTO, CSO), bilateral cooperations, transfers of norms. Content of the new law and its implication for the future Police conditions and the reform of the MVD (pereattestatsia commissions, reduction of staff by 20%, etc.) Reaction of local police to distribution of budgets and missions The contributions of specialists of ex-USSR territories will enable comparisons giving rise to thought both on the comprehension of violent phenomena in the Russian police institution and on police sociology in general in post-Soviet space. A bibliography on “Police Brutality and Police Reform” is available at http://russiaviolence.hypotheses.org/bibliographies/police-brutality-police-reform. Guidelines for article submission The journal will be published in three languages (French, English and Russian with a 100-word abstract in English) thanks to which most authors will be able to write in their mother tongue. This will ensure greater precision in the articles and avoid a decrease in scientific quality. But we draw your attention to the fact that most pipss.org readers are essentially English speakers, therefore we do encourage articles in English in order to reach an audience as broad as possible. The articles submitted to pipss.org for publication should be original contributions and should not be under consideration for any other publication at the same time. Manuscripts should be attached as Microsoft Word format. References should be given in footnotes. (For more details about the guidelines for article submission please check http://www.pipss.revues.org or contact the Editorial Board). There should be a cover page stating the author's background and affiliation, full address. If you wish to submit an article, please first contact the editorial board and send a 100-word abstract in English. The deadline for article submission is July 25th, 2011, with publication in December 2011. Final decisions on publication will be made by the Editorial Board. Please send your contributions or inquiries to: Elisabeth Sieca-Kozlowski, Chief Editor, contact@pipss.org Anne Le Huérou & Elisabeth Sieca-Kozlowski (13th Issue Editors)
■ The Fraunhofer Institute for Systems and Innovation Research (http://www.isi.fraunhofer.de) is looking for a Social science or economics graduate (male or female) for its "New Technologies" competence centre to commence as soon as possible. He/ she will work, inter alia, in the EC-funded project “Supporting fundamental rights, prIvacy and ethics in surveillance technologies” (SAPIENT). In the context of this study, he/she will have the opportunity to write a PhD thesis on privacy and data protection-related impacts of smart surveillance technologies. He/she will work on further projects aiming to analyse scientific-technical, economic, social and political aspects of the development and use of Information and Communication Technologies, also at the interface with nanotechnologies, life sciences, and environmental and energy technologies. These analyses aim to provide scientific strategic advice to decision-makers in politics and industry. Applicants should have successfully completed an appropriate degree in social science, economics or other surveillance and privacy-relevant disciplines (e.g., technology and culture, sociology, media studies). Very good knowledge of English and computer skills, as well as the willingness and ability to work in interdisciplinary teams and to acquire a good command of German are pre-conditions. You will find interesting projects in the areas of policy, industry and technology, a communicative and friendly team of colleagues, and an excellent technical and administrative support infrastructure. Employment terms, remuneration and social security benefits are in accordance with the TVöD (collective wage agreement for German public sector employees). The employment contract is limited to one year at first but can be extended for three more years. Closing date: Mach 4, 2011 Reference No. ISI – 2011-9 Contact for your application: Fraunhofer Institut für System- und Innovationsforschung Gudrun Krenický Breslauer Straße 48 76139 Karlsruhe g.krenicky@isi.fraunhofer.de
■ Families & Criminal Justice, Punishment & Society The Scottish Centre for Crime and Justice Research are involved in organising two events you may be interested in. The first is about families and criminal justice, and the second focuses on punishment and society. Further details (including how to book) are in the fliers attached. * WHO ARE YOU CALLING DYSFUNCTIONAL? FAMILIES AND CRIMINAL JUSTICE EXPLORED (28 March, Glasgow) This free workshop features the latest research, examples of innovative practice and government plans for better engagement with families affected by the justice system. Join us to raise the profile of this issue and generate an agenda for action. The workshop is designed for practitioners in criminal justice and social work, policy makers, academics, service providers and users. Contributors include Circle Scotland, Bill Whyte (Criminal Justice Social Work Development Centre), Families Outside and the Lighthouse Foundation. * PUNISHMENT AND SOCIETY CONFERENCE (12 May, Edinburgh) This international conference brings together a number of leading contemporary thinkers to explore issues such as Why do societies punish as they do? What drives change in styles and levels of punishment over time? How do penalties become, or cease to be, acceptable? What is at stake, morally and politically, in the responses we give to questions such as these? Do the answers lie mainly in the domain of politics, where ideas and decisions are debated and changed, sometimes rapidly? Or do they relate to deeper and more lasting aspects of our cultures? Speakers include: David Garland, Loїc Wacquant, Shadd Maruna, Lesley McAra, Fergus McNeill
■ à noter (programme définitif à venir) Le CESDIP organisera à l’ENS-Jourdan de 9h30 à 17h le 17 mai une journée d’étude internationale sur la police avec 6 intervenants qui nous feront voyager en Allemagne (J. Gauthier), aux Etats-Unis (M. Thorburn), en Inde (A. Mahra) et en France (F. Ocqueteau, G. Pruvost, C. Moreau de Bellaing). 3. Sur le net…
■ http://www.lemonde.fr/idees/article/2011/03/07/vers-une-nouvelle-coordination-du-renseignement_1488691_3232.html
■ la lettre d'informations du site Délinquance, justice et autres questions de société. NB : cette lettre qui était l’œuvre et l’initiative de Laurent Mucchielli, s’est transformée et élargie. Elle est désormais un lieu d'expression pour tout un réseau de chercheurs indépendants en sciences sociales. De nombreux articles peuvent intéresser les amis de la police (et de la gendarmerie) Pour s’abonner : mucchielli@mmsh.univ-aix.fr
■ Délinquance, justice et autres questions de société. Dans les précédents numéros = des articles fort intéressants sur les statistiques policières, la vidéosurveillance, la justice, etc : La fabrique politique des statistiques de police : trois études de cas A Boulogne - Billancourt (92), la vidéosurveillance ne sert… à rien Les statistiques officielles sur la récidive La prévention précoce : entre acquis et controverses La justice a- t- elle dysfonctionné dans l'affaire Laeticia/Meilhon ? Analyse de s rapports d'inspection 1) Le monde judiciaire est au bord de la crise de nerfs Policiers, gendarmes, réservistes et miliciens : l'article 37 quater de la LOPPSI 2 Les fonctionnaires de justice et de police refusent d'être les boucs- émissaires
■ histoire@politique Une intéressante analyse d’un film (justement) controversé : Hors la loi, de Rachid Bouchareb Par Sylvie Thénault
■ Stéphane Lemercier a entrepris d’écrire et de publier un dictionnaire des policiers « victimes du devoir » : une notion complexe comme on le verra… Tous renseignements et commandes sur le site www.victimesdudevoir.com
4. Livres & Publications…
■ Eric Alary, Histoire de la gendarmerie, Tempus, 2011 Réédition notablement corrigée et enrichie d’un livre paru en 2000.
■ Mathieu Rigouste, Les marchands de peur. La bande à Bauer et l’idéologie sécuritaire, Libertalia, 2011.
■ Sihem Souid, Omerta dans la police, Le Cherche Midi, 2010. Le charme et la limite des témoignages suscités par l’air du temps et les politiques éditoriales… qui en disent finalement plus sur l’auteur et l’éditeur que sur le sujet lui-même.
■ Diego Galeano & Gregorio Kaminsky (coordinatores), Mirada (de) Uniforme. Historia y critica de la razon policial, Buenos Aires, Teseo, 2011 Pour ceux qui lisent la langue de Cervantes. Un livre important pour l’histoire des polices d’Amérique latine, mais aussi et surtout pour « l’histoire de l’histoire » de la police en Amérique latine et plus spécialement en Argentine où il doit s’agir d’une première éditoriale que nous devons au travail des deux « coordinatores » et à l’Universidad nacional de Rio Negro. Nous l’avons écrit ailleurs : le développement de l’histoire de la police où que ce soit et surtout dans les pays où elle n’était pas envisageable il y a peu, est une réelle avancée scientifique certes, mais également « civique » et démocratique… Ce livre est donc à marquer d’une pierre blanche dans l’historiographie policière en plein essor. Outre quelques spécialistes européens (anglais, français, italiens) invités, on trouve dans ce volume des textes de collègues et chercheurs mexicains, brésiliens, argentins qui nous permettent de découvrir un domaine (les polices en Amérique latine) et une recherche jusqu’alors mal connus. Chaleureusement recommandé. www.editorialteseo.com
■ Le Polizie informali a cura di Livio Antonielli, Rubbettino editore, 2010, 235p., 16 Euros
■ Polizia, Ordine pubblico e crimine tra città e campagna : un confronto comparitivo, a cura Livio Antonielli, Rubbettino editore, 2010, 203p., 13 Euros www.rubbettino.it On connaît la qualité des nombreux travaux de Livio Antonielli notamment sur la police milanaise de l’époque moderne. On sait également le travail considérable qu’il investit dans l’organisation de colloques toujours passionnants notamment, tous les ans, en novembre, à Messine. Rassemblant des chercheurs italiens, mais aussi venus de toute l’Europe, ces rencontres permettent de fructueux débats et échanges entre spécialistes sur des thèmes riches et pertinents, toujours renouvelés. Nous avons ici les interventions des rencontres de 2003 sur les « polices informelles » et celles de 2004 sur « Police, ordre public et crime dans villes et à campagnes ». Vous retrouverez (les textes sont dans la langue originale des intervenants : en l’occurrence, italiens et français) des études diverses et variées sur des sujets d’autant plus intéressants qu’ils sont souvent très mal connus et qu’il serait désespérant qu’ils le demeurassent…
■ Marie-Jo Bonnet, Violette Morris, l’histoire d’une scandaleuse, Paris, Perrin, 2011. À la croisée de ses travaux antérieurs sur le saphisme, et la Résistance en Normandie, Marie-Jo Bonnet ne pouvait qu’être séduite par le personnage ambigu de cette femme qui fut radiée des compétitions sportives par son goût pour les tenues masculines. Athlète, pilote, gestapiste (?) Violette Morris n’avait suscité jusqu’alors que de mauvais livres fondés sur les représentations et des témoignages dont son étude et sa recherche démontrent les fragilités, contradictions et mensonges volontaires. S’il apporte donc beaucoup de précisions et rétablit quelques vérités en tordant le cou à des légendes, ce livre n’est encore qu’une étape vers une vérité qui doit pouvoir encore être approchée de plus près.
■ Jean-Marc Berlière et René Lévy, Histoire des polices : de l’Ancien régime à nos jours, Nouveau Monde éditions, 2011, 650p., 24 Euros Depuis Le Monde des polices paru en 1996, l’historiographie policière a au moins autant changé que la police et la gendarmerie elles-mêmes pendant la même période ! Il était donc temps de reprendre la plume et dans un volume respectable, mais à taille encore humaine (?), de tenter une synthèse de l’histoire longue des polices en France qui tienne à la fois compte du renouvellement historiographique de la période de l’Ancien régime et surtout du XVIIIe siècle, mais aussi et surtout des changements et réformes vécus par l’institution et la société policières depuis les années 1960 et tout particulièrement les trente dernières années. En dépit des pièges de l’histoire d’un temps (très) présent, et des inconnues qui subsistent sur le devenir de certaines révolutions, les auteurs ont tenté d’éclairer par une mise en perspective sur le long terme les convulsions et « initiatives » les plus récentes du pouvoir politique dans le domaine qui nous est cher (intellectuellement !) et à en montrer et démonter tensions et enjeux… Les risques assumés et les charmes du cocktail inédit de l’histoire longue et de l’histoire immédiate (!) charpenté sur une bibliographie de 1500 références… Sortie en librairie prévue le 15 avril L’annonce éditeur : Histoire des polices en France De l’Ancien Régime à nos jours Jean-Marc Berlière et René Lévy L’efficacité policière est devenue un enjeu politique et électoral majeur dans une démocratie en proie à l’angoisse sécuritaire. Combinant histoire longue et histoire immédiate, ce livre propose la première synthèse globale des polices sur trois siècles, couvrant leurs principales missions : l’ordre public, la police criminelle et la police politique. De la création de la lieutenance de police par Colbert et Louis XIV en 1667, au récent rattachement de la gendarmerie nationale au ministère de l’Intérieur, en passant par la création de la police nationale par Vichy au printemps 1941, le rattachement de la préfecture de police à la Police nationale par de Gaulle en 1966… tout montre l’attention extrême de tous les régimes pour un instrument qui semble inséparable du politique. Malgré l’image courante d’une institution purement étatique et centralisée, l’ouvrage s’attache à décrire un monde pluriel, traversé de concurrences séculaires entre le privé et le public, le local et le national (voire l’international), le civil et le militaire, les amateurs et les professionnels. C’est l’histoire de toutes ces polices, de leurs rapports délicats avec le pouvoir, de leurs réformes et de leurs missions, des fantasmes et sentiments contradictoires qu’elles suscitent qui constitue l’objet de cet ouvrage appelé à faire référence. Jean-Marc Berlière, historien, professeur émérite à l’université de Bourgogne et René Lévy, sociologue et directeur de recherches au CNRS, tous deux chercheurs au Centre de recherche sur le droit et les institutions pénales (CESDIP) étudient l’objet « police » depuis trente ans et lui ont consacré de nombreux ouvrages et articles. 24 € ISBN : 978-2-84736-573-3 Code SODIS : 7514474
■ Roger Le Doussal, Commissaire de police en Algérie (1952-1962). Une grenouille dans son puits ne voit qu’un coin du ciel, Paris, Riveneuve éditions, 2011, 945p., 30 Euros. Un témoignage de l’ancien directeur de l’IGPN qui fut commissaire en Algérie de 1952 à 1962 et n’élude aucun aspect et problème d’un sujet parcouru de tensions encore fortes et à propos duquel on lit beaucoup de jugements définitifs et sans nuance, traduisant un manichéisme angélique et naïf fondé sur la condamnation confortable du colonialisme. Dans la tradition riche et bien établie du témoignage de policier, celui-ci détonne à plusieurs titres. D’abord par l’ambition historique du projet qui s’inscrit clairement dans une historiographie dont l’auteur déplore les erreurs (il en épingle un grand nombre dans des notes très riches), les lacunes, les généralisations, les attendus partisans et idéologiques À cet égard, le premier chapitre : Pourquoi témoigner et pour qui ? est à lire et méditer. Ensuite par la méthode adoptée. L’ouvrage est une confrontation – à notre sens réussie et passionnante - de souvenirs personnels sans concessions, précis, scrupuleux même et — voir le sous-titre — honnêtement limités à ce que l’auteur a réellement vu, vécu et su, dans les postes qu’il a occupés : ce qui l’amène à critiquer, nuancer, contredire… beaucoup de travaux qui généralisent trop facilement la situation d’Alger au reste du pays. Mais ces souvenirs sont constamment confrontés, éclairés, mis en abîme — et c’est la grande originalité du livre — avec les archives dans lesquelles l’auteur a beaucoup travaillé. Le résultat de cette confrontation entre témoignage-expérience vécue / archives / productions académiques est édifiant autant qu’original : aucun mémoire de policier n’avait jusqu’alors suivi cette piste particulièrement riche et stimulante. L’auteur qui anime le groupe « Algérie » de la Société d’histoire de la Police nationale, montre de réelles dispositions d’historien. Riche de son propre vécu d’acteur, nourrie de sa propre expérience administrative, sa lecture critique des archives pourrait servir de modèle à beaucoup d’historiens académiques ou débutants. On appréciera en particulier, son questionnement sur le bilan des policiers tués en Algérie (par le FLN ou l’OAS) et ses démarches concernant des victimes du devoir à l’égard desquelles, le moins que l’on puisse dire est que le ministère de l’Intérieur « n’a manifesté ni une grande curiosité statistique, ni une grande considération humaine » (p.936). Il rappelle notamment le cas des policiers enlevés et « disparus » après un cessez le feu qui ne fut pas davantage respecté par le FLN que par l’OAS… Un des autres intérêts de ce livre est d’illustrer la position de plus en plus difficile de fonctionnaires républicains — ni suppôt du pouvoir colonialiste ni « fascistes » — pris dans la tourmente de plusieurs guerres civiles et de plus en plus écrasés entre des décisions politiques contradictoires et des camps de plus en plus radicalisés, pour lesquels policiers (et gendarmes) incarnaient l’ennemi commun ! Les livres de militaires sont multiples sur le sujet, les mémoires de policiers étaient rares. Celui-ci comble en partie un retard et une lacune dommageables.
■ Gilbert Moreux, Dans le labyrinthe des secrets de la Libération. Résister aux vérités convenues, AZ Patrimoine Un autre exemple de ce que peuvent faire des historiens « amateurs » quand ils fouillent avec respect et méthodes les archives que les « professionnels » négligent, ignorent, dénigrent…
5. Accords / désaccords
■ Comme promis dans la Lettre précédente, vous trouverez ci-dessous le point de vue de Vincent Milliot sur le livre de Robert Muchembled (Les Ripoux des Lumières. Corruption policière et Révolution, Paris, Seuil) dont j’avais signalé la publication en l’assortissant de quelques réserves que ce spécialiste de la police du XVIIIe siècle qu’est V. Milliot explicite bien mieux que je n’aurais su le faire. Cette critique est parue dans La Quinzaine Littéraire n°1031 (janvier 2011) « Le déshonneur de la police ? Les Ripoux des Lumières. Corruption policière et Révolution, Robert Muchembled, Le Seuil, 571 p., XX euros. Jusques dans les années 1990, la police est demeurée un « objet perdu des sciences sociales » et un « objet sale » délaissé par les travaux scientifiques. Ce qui n’interdisait pas une abondante production bibliographique, souvent d’origine corporatiste. Surnageait également une tradition ancienne focalisée sur les « grands hommes de la police » (Fouché, Vidocq) et sur la révélation des secrets, forcément sulfureux, d’une police passée maîtresse dans l’art de concevoir des mauvais coups. C’est cette tradition que R. Muchembled réactive peu ou prou, à rebours des acquis les plus neufs de la recherche pourtant en pleine effervescence sur le sujet. Le livre de R. Muchembled s’attache principalement à la figure de Jean-Baptiste Meusnier, inspecteur de police à Paris, responsable de la partie « des filles », pendant la magistrature du Lieutenant général de police Berryer (1747-1757) qui passe pour avoir largement contribué à développer l’administration centrale de la police du Châtelet, la bureaucratisation de ses fonctions et l’espionnage généralisé de la société. Meusnier, né en 1713, bâtard et d’origine modeste, est un personnage séducteur, haut en couleurs qui traverserait le siècle. Disposant de fins talents d’écriture tant sur le plan stylistique que calligraphique – ce qui justifierait sa carrière de faussaire de haute volée - , il est prompt à changer d’identité, allant jusqu’à mettre en scène sa mort en 1757, après l’attentat du régicide Damiens, pour continuer ses aventures sous des noms d’emprunt. Avide, luxurieux et corrompu, il ne rechigne pas devant la pratique de l’extorsion de fonds et le chantage. À lui seul, il constitue la figure emblématique de ces inspecteurs, bras armés du despotisme et de l’arbitraire, universellement honnis au 18e siècle si l’on en croit les pamphlétaires de la fin des années 1780. Mieux, le portrait qui ressort de l’ouvrage en fait le symbole d’une révolte a-politique des commis et des acteurs subalternes de l’administration, affamés de reconnaissance, fascinés par l’argent facile, entraînés par la dégénérescence morale dont la haute société avec laquelle ils sont en contact donne l’exemple. Le corps des inspecteurs émerge progressivement à la charnière du XVIIe et du XVIIIe siècle, sous la magistrature du lieutenant de police d’Argenson (1697-1718), désireux de développer à Paris une police plus répressive, détachée de ses formes publiques, consultatives et juridictionnelles incarnée par les commissaires au Châtelet, par l’Hôtel de Ville et par le Parlement. Cette « invention » suscite de nombreuses résistances au sein de la population parisienne, bourgeoisie incluse, peu encline à reconnaître la légitimité de cette nouvelle police et de son « style » d’intervention brutal, en rupture avec les manières de faire coutumières. Ce nouveau style policier fait grand usage des lettres de cachet et des procédures expéditives sans appel devant les juridictions supérieures ; il pratique l’art du déguisement (alors que les commissaires sont en robe de magistrat !), l’infiltration des « milieux à risques », soudoie et s’appuie sur de multiples informateurs. Les acteurs de cette institution, d’abord mal stabilisée, souvent mal payés et avec retard ont tôt fait, du moins pour certains, de mordre dans le « pain du vice », de pratiquer chantage et abus de pouvoir pour rentrer dans leurs fonds ou s’enrichir frauduleusement. La tentation de la corruption existe tout au long du siècle au sein de la police parisienne, en particulier dans les secteurs les plus propices au racket : la prostitution, les jeux, la police des imprimés, la contrebande… On aurait donc pu attendre de cet ouvrage une réflexion sur un problème réel, révélateur des transformations de l’administration policière et de ses difficultés, dans une période de croissance urbaine, de réformes administratives, d’affirmation de pratiques bureaucratiques nouvelles, d’amorce de professionnalisation. Les réflexions sur les manières de limiter la corruption dans le monde des détenteurs d’office ne sont pas absentes sous l’Ancien Régime, tout comme celles qui portent sur le financement des activités de police qui sont alors « gratuites », par opposition aux procédures judiciaires qui permettent le prélèvement d’épices. Il est vrai cependant que la police confrontée à la corruption produit, le plus souvent, un discours qui stigmatise quelques « moutons noirs » et se hasarde rarement à analyser ce qui, dans les modes de fonctionnement policier, peut produire ce type de dérapage. Des travaux existent pour s’engager dans la voie d’une réflexion historique sur la corruption policière, notamment ceux, à l’érudition parfaite, de Patrice Peveri (université de ParisVIII- Saint-Denis) qui n’est jamais cité, pour ne rien dire des travaux des sociologues, comme Dominique Montjardet, René Levy, Fabien Jobard dont il arrive que les historiens fassent leur miel. Au lieu de mettre en valeur les multiples tensions qui traversent le système policier parisien depuis la réforme de 1667 qui instaure la lieutenance de police, au lieu de restituer la logique des affrontements corporatistes parfois très vifs entre policiers qui opposent aussi des manières de faire, l’auteur instruit à charge et délivre une image monolithique de la police. Cette image est problématique parce qu’elle reproduit tous les lieux communs d’une police mauvaise en soi, aujourd’hui dépassée, parce qu’elle repose sur des généralisations qui peuvent sembler hâtives, parce qu’elle témoigne d’une manière d‘écrire l’histoire dont on peut discuter. Soyons juste, le dossier Meusnier, déjà repéré par Erica Benabou dans un beau livre consacré à la police des moeurs au XVIIIe siècle (1986), a tout pour fasciner. Meusnier et son successeur l’inspecteur Marais, ont tenu à jour un « journal » resté célèbre, séries de notes sur la clientèle huppée ou non des bordels et sur leurs pratiques, dont Louis XV aimait à se faire lire des extraits. Il existe, dans d’autres secteurs de la surveillance policière (la censure de la Librairie notamment), un tel système de journal et de fichiers. Une étude de cas, dont la documentation est ici rassemblée, destinée à brosser le portrait d’un aventurier habile, qui utilise les rouages de la machine policière à son profit comme à celui de ses affidés, s’avère légitime. Elle serait de bonne prise pour mettre en lumière les aspects et les contradictions de l’administration policière au temps des Lumières : le recours de plus en plus systématique à l’écrit et la construction d’un vaste système d’informations pour surveiller et… prévenir, la mise en place de filières de recrutement, le développement d’une police administrative autonome par rapport au pouvoir judicaire, la critique de plus en plus vive de l’arbitraire et les dispositifs éventuellement mis en place pour l’encadrer. Mais il est difficile de suivre l’auteur lorsqu’il s’agit de faire du personnage une sorte de « deus ex machina » de l’administration policière dans son ensemble, l’emblème d’une corruption généralisée qui gangrène depuis ses échelons subalternes jusqu’à son sommet. La généralisation fautive menace dès lors qu’un système institutionnel complexe qui recouvre de très larges pans de l’administration urbaine, qui nourrit des rapports nuancés et évolutifs avec la société parisienne des Lumières est présenté sous le seul jour de ses dysfonctionnements, eux-mêmes ramenés à des pratiques de corruption, conçues comme « le » paradigme de cette police. L’emballement de ce système policier corrompu, devenu aveugle à la société qui l’entoure, incapable de préserver la monarchie ou, pire encore, qui manipule l’appareil d’Etat un peu à la manière d’une CIA d’Ancien Régime, serait largement à l’origine de la conflagration révolutionnaire. Ce retour d’une histoire-complot prête à sourire ; on en trouve plusieurs déclinaisons sous forme de « scoops » successifs. Meusnier, véritable éminence grise, serait l’un des instigateurs de l’attentat régicide de Damiens en 1757, secrètement ourdi au profit de Mme de Pompadour, puis, acoquiné avec Lenoir et sous une nouvelle identité, de « l’affaire du collier de la Reine » en 1785. Les archives de la Bastille, dépôt officiel des papiers de la police, auraient été largement falsifiées, par Meusnier et ses complices, pour dissimuler les turpitudes de « sa bande » et nombre d’historiens, moins attentifs, ont pris des vessies pour des lanternes. La preuve de cette activité scripturaire multiforme et intéressée résiderait dans la comparaison des écritures, le constat que la belle et identifiable calligraphie de Meusnier, qui aurait fait école et constitué une écurie de policiers faussaires, se retrouverait à travers tous ces documents et presqu’à travers tout le siècle. Au-delà du débat spécialisé que ce point peut soulever, le livre penche par moments vers l’histoire-fiction, puisque nombre de raisonnements reposent sur des hypothèses, jamais totalement étayées de l’aveu même de l’auteur, mais qui pourtant fondent des analyses développées sur un mode extrêmement péremptoire ou selon des modèles explicatifs discutables. Ainsi cette libido effrénée qui saisirait la société parisienne au 18e siècle, pousserait à la transgression des barrières sociales et qui serait instrumentalisée par la police à des fins lucratives. Ajoutons que les mises en contexte susceptibles d’éclairer les conditions de production et de lecture de certains documents font souvent défaut, que les logiques sociales et professionnelles qui sont à l’œuvre dans le monde des officiers subalternes et des auxiliaires de justice, que celles des transformations de l’administration au temps des Lumières sont peu envisagées. Le livre déçoit, mais il gêne aussi par les facilités démagogiques de son style, par ses surinterprétations qui nous éloignent d’une maxime cardinale du métier d’historien selon Marc Bloch (Apologie pour l’histoire, 1946). L’historien doit s’efforcer de comprendre et de faire comprendre, et non pas juger. L’engagement citoyen ne lui est pas fermé pour autant, loin s’en faut. C’est encore là que le bât blesse. Il y a un enjeu civique et démocratique à produire une histoire critique des institutions policières, à obtenir une forme de transparence et de dialogue apaisé entre cette institution fondamentale du « vivre ensemble » et la société. La production de cette sorte d’ouvrage n’est assurément pas un pas dans cette direction. » 6. Dans le noir du roman… Recommandations d’un ami … 1. Les romans de Matt Rees sur les enquêtes d'Omar Youssef, dans la bande de Gaza/Cisjordanie... S’il est professeur d'histoire dans une école de l'ONU et non policier, le héros rencontre divers services de sécurité palestiniens... Descriptions réalistes … Le Collaborateur de Bethleem Une tombe à Gaza Meurtre chez les Samaritains (Livre de poche) 2. Les enquêtes du commissaire Van In, flic brugeois à la fin des années 90... Par ailleurs gros fumeur et grand amateur de bière... http://culture.ulg.ac.be/jcms/prod_199579/pieter-aspe-l-heureux-pere-du-commissaire-van-in Sept romans parus Commencer peut-être ( ?) par Le Carré de la vengeance Rappel = Les romans d’Alan FURST (cf Lettre précédente) sont de la veine de Sans patrie ni frontière de Jan Valtin… Les amateurs d’Histoire et d’espionnage dans une période qui s’étend de 1933 à 1945, de la Mittel Europa à Barcelone, d’Istanbul à la Kolyma… devraient se régaler… … C’est tout pour cette fois ci... Merci à tous nos « honorables correspondants » pour leurs informations… Et rendez-vous sur le site Politeia (overblog) pour les dernières minutes… N’hésitez pas à nous communiquer les nouvelles (parutions, soutenances de thèses, articles, séminaires, expositions, conférences, documentaires…) qui entrent dans notre champ d’intérêt et auraient échappé à notre attention… FAQ : Pour ceux qui recevraient cette « Lettre aux amis… » pour la première fois : Q/ Comment et pourquoi suis-je destinataire de cette Lettre ? R/ Si vous ne l’avez pas demandé vous-même, il y a de fortes chances que vous ayez été « balancé » par un/des ami(s) : cherchez le(s)quel(s) Q/ Je ne suis pas un ami de la police ! (ton scandalisé) R/ Cette « Lettre » (dont le titre est inspiré de la rubriques « Deux mots aux amis » d’un journal libertaire du début du XXe siècle) parfaitement informelle et à fréquence irrégulière, a pour but de diffuser les informations — publications de livres ou d’articles, soutenances de thèses, colloques ou journées d’études — en rapport avec l’histoire, la recherche, la réflexion, les archives et sources… concernant peu ou prou le domaine policier (gendarmerie comprise !)… Il n’est donc pas nécessaire d’aimer la police (ou la gendarmerie) pour en être destinataire : s’intéresser à l’histoire d’institutions qui jouent un tel rôle dans l’Histoire et occupent une place si délicate dans la démocratie, suffit… Ceci dit si vous souhaitez ne plus figurer sur la liste des destinataires, rien de plus simple : répondez à ce courriel avec la mention « STOP ! » En revanche si vous connaissez des gens susceptibles d’être intéressés par ces nouvelles, n’hésitez pas, soit à leur faire suivre ce courriel, soit à nous transmettre leurs adresses électroniques (voir 1.) : nous ne livrons jamais le nom de nos informateurs ! Si vous souhaitez connaître ou recevoir les Lettres précédentes, il suffit de le demander… ou d’aller consulter les Archives du site http://politeia.over-blog.fr/ Dernier détail : le rédacteur de ce courriel ne saurait tout connaître de ce qui paraît et se fait dans le domaine… ce qui explique les éventuelles lacunes et absences… Là encore, le plus judicieux est de me prévenir, un mél et je transmettrai bien volontiers l’information… jMb