Lettre aux amis de la police (et de la gendarmerie) 2010/05
Chers collègues et chers amis,
Vous trouverez ci-dessous, l’essentiel de l’actualité de la recherche et de l’édition de ce mois d’avril… et qui concerne plus ou moins directement police(s) et gendarmerie.
Bien cordialement
Jmb
PS : la consultation du blog Politeia (http://politeia.over-blog.fr/) ou l’inscription à sa newsletter vous permet d’être prévenu en temps réel de toute addition de dernière minute à la Lettre…
Mais d’abord cette question qui pourrait paraître surprenante en ce début de 21e siècle :
LES GENDARMES ONT-ILS LE DROIT DE PENSER ?
On semble fortement appréhender ce cas de figure du côté de la hiérarchie et du pouvoir politique si on en juge d’après la révocation de J.-H. Mattelly. C’est pourquoi il semble important de faire un geste élémentaire pour la liberté d’expression et la liberté de la recherche, notamment celle des professionnels de l’institution qui occupent la position de chercheurs associés dans nos unités, une richesse incontestable qui risque de se tarir très vite avec cette décision disproportionnée mais dont la valeur d’avertissement n’échappera à personne :
Communiqué de « Sauvons la recherche »
Le chef de l’Etat vient de radier des cadres de la gendarmerie le Chef d’escadron Jean-Hugues Matelly, qui est également chercheur associé à un laboratoire du CNRS. Sauvons La Recherche s’associe au communiqué de ce laboratoire ( http://www.cesdip.fr/spip.php ?article485) et soutient les recours au Conseil d’Etat déposés par notre collègue. Il est particulièrement inquiétant de voir appliquer de façon aussi restrictive la notion de devoir de réserve et de voir prononcer une sanction aussi disproportionnée pour la simple publication d’un travail à caractère scientifique. Cette décision, qui pourrait créer de fait un délit d’opinion, a manifestement un caractère très politique. Sauvons La Recherche s’inquiète ainsi plus largement de l’indépendance de la recherche. La sécurité et la justice, comme tout autre domaine, doivent pouvoir faire l’objet d’études scientifiques menées en toute indépendance.
« Sauvons La Recherche » lance une pétition pour demander au gouvernement d’une part la réintégration de Jean-Hugues Matelly dans les cadres de la Gendarmerie nationale, d’autre part la garantie pour les chercheurs de pouvoir travailler et publier en toute liberté et en toute indépendance dans ce domaine comme dans tous les autres.
http://www.sauvonslarecherche.fr/spip.php?article3124
NB = Le communiqué de l’Essor (revue des retraités de la gendarmerie) à la suite de la décision de radiation de la Gendarmerie prise à l’encontre du chef d’escadron Jean-Hugues Matelly.
« L’Essor est indigné par la décision de radiation de la gendarmerie prise à l’encontre du chef d’escadron Jean-Hugues Matelly, 45 ans, qui a osé critiquer la mise sous tutelle de la Gendarmerie par le ministère de l’intérieur dans le cadre de la loi du 3 août 2009. Nous dénonçons cette sanction d’un délit d’opinion qui rappelle aux militaires en règle générale et aux gendarmes en particulier que sous la cinquième République, comme du temps de Fouché sous l’Empire, ils n’ont que le droit de se taire. »
Lire un avis publié dans Le Monde
Pendant ce temps, la recherche continue…
1. Séminaires, Colloques, Journées d’études…
■ Séminaire de recherche de l’Université Paris IV-Sorbonne :
Force publique, régulation sociale, sécurité intérieure et Défense - XIXe-XXe siècles
Les séances sont publiques, elles ont lieu le mardi, de 15h à 17 h – Bureau de la direction de l’UFR d’histoire (La Sorbonne, escalier E – 2e étage). (contact :jnoel.luc@gmail.com)
6 avril – Au delà des clichés, l'observation diachronique de pratiques plurielles
Fécondité et limites d'une approche microscopique de la relation gendarmerie-maquis sous l'Occupation (Emmanuel Chevet, doctorant, Dijon, boursier CEHD).
13 avril – Éclairer la police des années noires
Les politiques policières de l’État français, 1940-1944 (Professeur Jean-Marc Berlière, Université de Bourgogne et CESDIP).
■■ LE RENSEIGNEMENT DANS LES SOCIÉTÉS DÉMOCRATIQUES
centre d’histoire de Sciences-Po, mardi 27 avril 2010 à 17h00 : (Salle Jean Monnet, 17h-19h, 56, rue Jacob, salle du rez-de-chaussée au fond)
« LES FORMES DE CONTRÔLE PARLEMENTAIRE DU RENSEIGNEMENT EN EUROPE »
autour de Sébastien Laurent (Université de Bordeaux) :
« Le Parlement et le contrôle du renseignement sous la Ve République : entre impuissance constitutionnelle, autocensure et instrumentalisation politique »
et de Bertrand Warusfel (Université de Lille 2) :
« Le cadre juridique du contrôle du renseignement, depuis la loi de 1991 à la loi de 2007 »
■ Les 29-30 avril, à Londres, on parlera “colonial policing”, avec un programme à la mesure de l’ancien empire britannique !…
‘Policing and the Policed’: An International Workshop
Institute of Commonwealth Studies: 29th – 30th April 2010
Room G37, Senate House, Malet Street, London
Thursday 29 April
10.45-11.15 Registration, tea/coffee
11.15-11.30 Welcome and introduction by Georgina Sinclair (OU) and Philip Murphy
(ICwS)
11.30-1.00 Session One: The impact and legacy of Imperial policing
Preet Nijhar (Bangor, UK): ‘Resisting Policing: Race, Crime and the
“Criminalisation” of the non-Western in the Metropolis’
Mike Brogden (Lancaster, UK) : ‘“Home” and “Away”: From vagrancy
legislation to the “Ways and Means Act” and the “Barbed Wire” Act
1.00-2.00 Lunch
2.00-3.30 Session Two: Commonwealth policing and legacies
Richard Hill (Victoria University of Wellington, NZ) ‘The Occasional Use of
the Iron Hand: Post-colonial policing in a tranquil society’
Bernard Jackson (Melbourne) ‘The Regional Assistance Mission to the
Solomon Islands – An Australian policing perspective on Intelligence led
policing, corruption, Government propaganda and trust’.
3.30-4.00 Tea/coffee
4.00-5.30 Session Three: Transnational Policing and Policy Transfer
Ben Bowling (Kings College, London): ‘The new security archipelago:
transnational policing in the Caribbean Islands
Graham Ellison (Queen’s University, Belfast): ‘Diffusing policing ideas: the
role of agents and policy-entrepreneurs in the (policing) knowledge transfer
process.
Philip Stenning (Keele, UK): ‘Challenges of governance and accountability
for transnational private policing’
Friday 30 April
9.30-11.0 Session Four: Policing South and East Asia
Jyoti Belur (UCL, London): ‘Policing Naxalite Terrorism: Challenges and
Solutions
Jeff Martin (HKU, Hong Kong): ‘The Colonial Dimensions of Taiwanese
Policing’
11.00-11.30 Tea/coffee
11.30-1.00 Session Five: Postcolonial Legacies in Africa
David Anderson (Oxford, UK): ‘Policing and authoritarian rule: dealing with
colonial legacies in Kenya, 1930-2010’
Alice Hills (Leeds, UK) ‘The explanatory power of the post-colonial legacy
for the Nigeria Police’
Kemi Rotimi/Lanre Ikuteyijo (Obafemi-Awolowo, Nigeria) ‘Community
Partnership in Policing: The Nigerian Experience
1.00-2.00 Lunch
2.00-3.30 Session Six: Contemporary policing practice
Justice Tankebe: (Cambridge, UK)‘Cinderella with Amnesia? An
Exploratory Study of Police support for vigilantism and the use of deadly
force in Ghana’
John Bown (UK): ‘UK policing influence overseas: a practitioner
perspective’
3.30-4.00 Concluding discussion
Pour toute information : contacter G.S.Sinclair g.s.sinclair@open.ac.uk
■ le 4 mai à 10h30.
Séminaire du CESDIP (Cf programme sur le site cesdip.fr)
Pierre Piazza : Les fichiers de police
■■■ COLLOQUE A L'ASSEMBLEE NATIONALE LE 10 JUIN 2010 :
Le 10 juin 2010, l'association "Victimes en série" (ViES) organise un Colloque au Palais Bourbon, 126 rue de l’Université, 75007 Paris sur le thème « La Justice face aux tueurs en séries :
enseignements à tirer du procès Fourniret ».
La journée se déroulera autour de trois tables rondes
1°) Techniques d’audition et coopération internationale : à partir de l’arrestation de Michel Fourniret, de quelle façon les investigations ont-elles été conduites, tant du côté belge que
français ?
2°) Gestion de l’instruction et du procès : de quelle façon la procédure a-t-elle été conduite jusqu’au prononcé du jugement ?
3°) Comment améliorer la détection de la sérialité ? : une nouvelle affaire Fourniret est-elle encore possible ?
Pour connaître le programme et y participer (dans la limite des places disponibles), cliquez sur le lien SOURCE ci-dessous :
http://www.au-troisieme-oeil.com/index.php?page=actu&type=skr&news=32682
■■ Gand, les 4 et 5 septembre 2010
Police, policing, policy and the city
In preparation to the ESC conference 2010 in Liège, Belgium, from 7 to 11 September 2010, Ghent University organizes a preconference. It will give scholars active in the domain on Police, Policing, Policy and the City coming from Europe and beyond, the opportunity to meet in a charming, historical setting and intensively discuss the problems that cities are faced with today, with regard to policing and securing their society.
Conference programme
Saturday, 4th of September 2010
09.00h. – 10.00h - Registration and coffee
10.00h. – 10.15h - Welcome by Prof.dr. Piet Taelman, Dean of the Law Faculty, Ghent University
10.15h – 10.30h - Welcome by Prof. dr. Nicolas Fyfe, President of the ESC Working Group on Policing
10.30h – 12.00h - Plenary session by Prof. dr. Eric Coryn, Professor at the Institute for Geography, Brussels University
12.00h – 13.45h - Lunch time & Bookshop parade
13.45h – 14.00h - Presentation of the VVC (Flemish Association of Criminology) by Prof. dr. Lieven Pauwels, Ghent University
14.00h – 17.00h - Working groups*
19.00h - Conference dinner
Sunday, 5th of September 2010
09.00h – 12.00h - Working groups*
12.00h – 14.00h - Lunch & Meeting ESC Working Group on Policing
14.00h – 16.00h - Plenary session by Prof. dr. Jack Greene, Professor at Northeastern University, College of Criminal Justice, USA
16.00h - Optional social activity (tour in the city centre)
*The working groups will focus on the contributions in the publication, prepared especially for this preconference
Subscribing to the conference is free of charge!
There is a limited number of participants so don’t hesitate to sign up.
You will receive a sandwich lunch and catering during the day.
You get the conference book for free (value around 35 euro)!
A list of hotels, with rooms according to all budgets, is available on demand.
Also, a detailed description of the trip from the Airport to Ghent (preconference) and from Ghent to Liège (annual ESC conference) is available.
A conference dinner will take place on Saturday evening. We will negotiate local restaurant holders in order to offer you a high quality dinner in a classy setting at a reasonable price. If you want to sign up for this unique event, fill in the form attached to the invitation (download)!
Any questions ? MSvdeVel.VandeVelde@UGent.be
3. Des nouvelles de l’édition…
■ Fonctionnaires dans la tourmente
Epurations administratives et transitions politiques à l’époque contemporaine
sous la direction de Marc Bergère et Jean Le Bihan, 34 CHF, 304p.
avec des textes de Alain Bancaud, Marc Olivier Baruch, Emmanuel Bellanger, Marc Bergère, Serge Bianchi, Valeria Galimi, Arnaud-Dominique Houte, Pierre Karila-Cohen, Jean Le Bihan, Marie-Bénédicte Vincent
Cet ouvrage a pour ambition de rouvrir le dossier des épurations administratives contemporaines, profondément renouvelé à la suite des nombreux travaux qui, ces dernières années, ont contribué à améliorer notre connaissance de l’histoire des fonctionnaires et des transitions politiques. Car la notion de transition politique, complexe et légitimement débattue, s’avère indéniablement d’une grande fécondité pour inscrire l’histoire des épurations administratives dans un horizon élargi, qui dépasse celui de la simple crise.
Quid d’abord de l’attitude de l’Etat face à ses agents ? A rebours des purges spectaculaires qui ont périodiquement frappé préfets et magistrats, quels sont les facteurs et les mécanismes de stabilisation du personnel administratif qui, envers et contre tout, ont assuré, même dans la tourmente, la continuité de l’Etat ? Comment ont-ils évolué au cours de ces deux siècles d'histoire ? En sens inverse, que dire des représentations et des comportements des fonctionnaires confrontés au processus de transition ? Question clé, qui invite à revisiter, au ras du terrain et des consciences, l’opposition complexe entre politisation et neutralisation, loyalisme et légalisme. Tels sont les principaux axes qui structurent cet ouvrage.
■ Police et contrôle social au Japon
par Chikao URANAKA
Préface de Jean-Louis Loubet del Bayle
Collection "Sécurité et société" - Editions L'Harmattan, 448 pages - 38,5 euros
Au Japon, les taux de délinquance sont inférieurs de plus de la moitié à ce qu’ils sont dans les sociétés occidentales à niveau de développement comparable, tandis que la proportion de policiers y est, elle aussi, inférieure de moitié. Cette situation trouve, pour partie, son explication dans la persistance, au Japon, d’habitudes traditionnelles de contrôle social communautaire et d’autodiscipline qui limitent d’autant le recours aux interventions institutionnelles de type judiciaire ou policier. Cet ouvrage - extrêmement riche d’enseignements d’un point de vue comparatif - montre comment le rôle social contemporain de la police japonaise est la conséquence, d’une part, d’usages et de traditions spécifiques, enracinés dans l’histoire millénaire du pays, et, d’autre part, d’une évolution qui, depuis deux décennies particulièrement, a tendu à éroder cette spécificité, en amenant le Japon à voir apparaître des problèmes que l’on rencontre aujourd’hui dans la plupart des pays développés
Diplômé de l’Université nationale Yamanashi, Chikao URANAKA est docteur en science politique et chercheur associé au Centre d‘Etudes et de Recherches sur la Police de l’Université des Sciences sociales de Toulouse-Capitole, devant laquelle il a soutenu sa thèse de doctorat. Auteur de plusieurs articles concernant les questions de sécurité au Japon il est membre de l’Association japonaise des sciences de la sécurité
■ Les Cahiers d’études pénitentiaires et criminologiques
édités par la Direction de l’administration pénitentiaire
Le numéro 33 de février 2010 est consacré à une première étude de « La récidive des premiers placés sous surveillance électronique » Par Abdelmalik Benaouda, Annie Kensey (DAP/PMJ5) et René Lévy (CESDIP)
Depuis sa mise en place effective à partir de 2000, le PSE a connu une forte croissance, principalement liée à son caractère d’alternative à l’emprisonnement de courte durée, dans un contexte d’élévation rapide du taux de détention. Parallèlement, la récidive est revenue depuis quelques années au premier plan de l’actualité législative et des controverses dans le domaine pénal, sans qu’on ait toujours pris le temps d’évaluer les effets des réformes successives que cette préoccupation a suscitées. C'est pourquoi il nous a paru utile d'examiner quels taient les effets du PSE dans ce domaine, par rapport aux autres sanctions. L’aptitude des différentes peines à prévenir la récidive reste controversée, de même que lesméthodologies destinées à la mesurer2. Le PSE n’échappe pas à cette difficulté, encore aggravée par le caractère relativement récent de lamesure, qui ne permet pas toujours d’avoir le recul nécessaire pour évaluer la récidive3. C’est pourquoi il nous a paru intéressant de reprendre ici, sous l’angle de la récidive4, l’étude portant sur les 580 premiers placements, terminés entre le 1er décembre 2000 et le 1er juillet 20035, qui représentaient 90 % des placements au cours de cette période.
Les taux de nouvelles affaires sont présentés selon la méthodologie utilisée dans des enquêtes précédentes6, afin de tenter des comparaisons. Malgré une durée d’observation similaire, ce rapprochement est délicat en raison des modalités particulières d’octroi et de mise en oeuvre de la mesure de placement sous surveillance électronique. Ces conditions sélectionnent, directement ou indirectement, les destinataires du PSE en fonction de caractéristiques socio-économiques qui les distinguent significativement des écroués pris dans leur globalité. Nous n’avons toutefois pas d’autre base de comparaison.
■ Lucie JOUVET, Socio-Anthropologie de l’erreur judiciaire (Préface de Philippe Combessie)
L’Harmattan, Collection : « Logiques sociales »
ISBN : 978-2-296-11445-6 / 24.50 € / 254 pages
« Errare humanum est ». Si, comme le dit l’adage, l’erreur est humaine, son étude relève bien évidemment du domaine de l’anthropologie. L’étude de l’erreur judiciaire, présentée ici à travers l’analyse des cas Roland Agret et Patrick Dils, constitue un vecteur fécond pour appréhender le fonctionnement d’une institution fondamentale de la société — la justice — dans ses modalités de production et de gestion des normes et des déviances. Une telle approche permet de pénétrer au cœur du système, de porter au jour ses mécanismes, ses différents rouages et leurs interactions, d’observer les éléments multiples et complexes qui le constituent. Paradoxalement, c’est le fonctionnement « normal » du système judiciaire qui se révèle : observer le « dysfonctionnement » d’une institution nous montre, par l’exemple négatif, ses modes habituels de fonctionnement. L’analyse du processus de construction/déconstruction/reconstruction d’une identité judiciaire dévoile les échafaudages sociaux-logiques qui ont permis l’édification, la corrosion et la recomposition des masques successifs du « coupable » puis de l’« innocent ». L’étude de l’erreur judiciaire permet in fine de saisir une modalité spécifique de la construction sociale de la « vérité ».
(L’auteur, Docteur en sociologie, est administratrice de l’Association Française de Criminologie. Attachée Temporaire d’Enseignement et de Recherche à l’université de Franche-Comté, ses recherches portent principalement sur les questions relatives aux normes, aux déviances et aux régulations sociales.)
■ Enfin, rappelons un autre livre incontournable de Clive Emsley :
The great British bobby : a history of British policing from the 18th century to the present - London : Quercus, 2009
4. Appels à communication (ou à propositions d’articles) / call for papers /…
■ Le « délit de judaïté »
Justice pénale et politiques antijuives en Europe (1933-1945)
Colloque international
(CRHQ-Caen, Université de Caen, Birkbeck University of London)
Au Mémorial de Caen
vendredi 22 et samedi 23 octobre 2010
Des persécutions légales à l’extermination systématique, les étapes de la destruction des Juifs d’Europe sont bien connues des historiens, tant sous l’angle global de la « solution finale » élaborée par les nazis qu’à l’échelle des États ayant appliqué leurs propres politiques antisémites. Le rôle fondamental du droit comme socle à l’ensemble des politiques antijuives conduites à partir de 1933 a en outre été amplement souligné, de nombreuses études ayant été consacrées à cette législation spécifique, à son application, aux litiges qui en ont découlé et au règlement de ceux-ci par les juridictions civiles et administratives. Cependant, le rôle plus complexe mais non moins crucial du droit pénal – et de la répression policière et judiciaire qui lui est associée – dans la chaîne de persécution des Juifs a très longtemps été négligé par la recherche.
De fait, si les historiens connaissent bien les deux bouts de cette chaîne (l’élaboration du cadre légal et sa mise en application sous l’auspice des services antijuifs, d’un côté ; la politique des convocations, arrestations, rafles et déportations, de l’autre), peu se sont intéressés aux étapes « intermédiaires » du processus, durant lesquelles les institutions « ordinaires » des Etats s’employaient à détecter et sanctionner les tentatives de soustraction aux obligations et interdictions imposées aux Juifs. Catégorie hybride empruntant à la fois au droit commun et aux mécanismes juridiques encadrant habituellement la répression des ennemis politiques, le « droit pénal antisémite » – notion à débattre durant le colloque – et la justice rendue en son nom ont de fait constitué un champ d’action particulièrement stratégique pour l’Allemagne nazie et ses alliés, dès les années 1930 et jusqu’à la mise en œuvre de la « solution finale ».
Ce colloque consacré au rôle des justices pénales européennes dans la mise en œuvre des politiques antijuives entre 1933 et 1945 a donc pour ambition de dresser un premier état des lieux de la recherche internationale sur cette question. S’inscrivant dans la dynamique historiographique actuelle, qui tend à mettre en valeur le rôle des instances étatiques « ordinaires » dans la persécution et la destruction des Juifs d’Europe, il insistera tout particulièrement sur la dimension comparative visant à faire émerger à la fois les spécificités locales et les logiques transversales adoptées sous l’influence du IIIe Reich ou par l’action même des autorités allemandes dans les pays occupés.
Ces différents objectifs s’articuleront autour de trois grandes thématiques :
1°) Législations antisémites et « criminalisation » des Juifs
- étude comparée du contenu des législations antisémites et de la place accordée en leur sein aux dispositions pénales permettant de « criminaliser » les Juifs (par opposition aux sanctions administratives comme l’internement) ; l’hypothèse selon laquelle l’introduction des sanctions pénales se fait dans un second temps des politiques de persécution (1935 pour le Reich, 1940 pour la Roumanie, 1941 pour la France de Vichy), afin d’améliorer le dispositif de contrôle des Juifs et accélérer la traduction de l’antisémitisme d’Etat en normes légales, sera notamment à discuter ;
- attention portée au rôle de l’Allemagne dans l’élaboration et l’application de cette forme spécifique de droit pénal, et, à l’inverse, aux parts d’autonomie des législations nationales ;
- réflexion sur les conséquences de cette « criminalisation » des juifs et sur les objectifs des procédures pénales.
2°) Mécanismes et acteurs de la répression pénale
- réflexion sur les spécificités et les ressorts de cette branche de la justice pénale, qui semble s’être caractérisée par son extrême sévérité (en Allemagne, le « souillage » de la race est assimilé au crime suprême de « trahison » et passible de mort ; en France, des infractions qui par nature relèveraient plutôt de la catégorie des contraventions sont sanctionnées par des peines correctionnelles incluant la prison ferme) ;
- étude des processus répressifs à l’œuvre, de l’arrestation à la condamnation puis à la détention ;
- identification des acteurs impliqués dans les procédures, des forces de police aux magistrats, en passant par les services antijuifs spécialisés ou certaines instances a priori de nature non « répressive » (tels, par exemple, les employés municipaux, les services fiscaux chargés d’encaisser les amendes ou encore les contrôleurs des transports en commun pouvant contribuer à une arrestation) ;
- étude du « statut » du « Juif » devant les tribunaux, celui-ci pouvant bénéficier dans un premier temps de quelques infimes marges de manœuvres (ainsi, en France, des stratégies de contournement possibles pour attester de sa « non-appartenance à la race juive ») avant d’être pris dans un engrenage inéluctable, à la fois quasi privé de toute protection juridique et cible privilégiée des systèmes répressifs (en raison d’un panel toujours plus large d’infractions qu’il se trouve « contraint » de commettre pour survivre).
3°) Temporalités de la répression pénale et sa place dans le processus de destruction des Juifs d’Europe
- réflexion globale sur les « temps » de la justice et de la « solution finale » ;
- périodisation de la répression pénale contre les Juifs – phases de tâtonnement, phases d’accélération ou de ralentissement, arrêt total ou élargissement de la répression à l’encontre de cibles épargnées dans un premier temps (Mischling, conjoints de Juifs, etc.) –, et interactions avec le processus général de destruction des Juifs d’Europe (par exemple, que deviennent les dispositifs pénaux, introduits dans les phases de « définition » et de systématisation du contrôle des Juifs, une fois mises en place les politiques de déportation ?) ;
- analyse de l’usage, par les propagandes officielles, des statistiques pénales, des affaires courantes et des éventuels « procès-spectacles » : en quoi l’action de la justice pénale contre les Juifs a-t-elle pu servir à des fins de légitimation des politiques antisémites et de leur radicalisation ?
Les propositions de communication – entre 500 et 750 mots, maximum –, accompagnées d’un bref CV et d’une liste des principales publications, sont à envoyer à l’adresse mail suivante justiceandjews@gmail.com avant le 15 avril 2010. Elles seront examinées par le comité scientifique avant le 15 mai 2010.
5. L’actualité
■ Révocation du commandant J.-H. Mattelly
Cf la pétition de « Sauvons la recherche » au début de cette Lettre
6. Exposition(s)
■ Rappel
Aux Archives Municipales de Lyon, Lyon (2e)
exposition « Empreintes, d’Edmond Locard » pionnier de la police technique et scientifique et série de conférences, à partir du 8 avril
VISITES GUIDÉES / jeudis 13h et 16h, gratuit, sans réservation
ATELIERS / scolaires et centres de loisirs / gratuit sur réservation
Expériences ludiques pour découvrir des techniques initiées par l’expert Locard
réservations : 04 78 92 32 85 / archivesexpo@mairie-lyon.fr
Débats et conférences
_ Jeudi 29 Avril à 18h30
ENJEUX ET QUESTIONS AUTOUR DE LA PREUVE SCIENTIFIQUE
Avec la participation de François- Louis Coste, avocat général près la Cour d’Appel de Paris, Jean-Félix Lucciani, avocat au barreau de Lyon et Jean-Noël Dumont, philosophe, directeur du Collège Supérieur. Modérateur : Michel Allaix, premier vice-président du Tribunal de Grande Instance de Lyon.
_ Jeudi 20 Mai 2010
L'INVESTIGATION GÉNÉTIQUE : RETOUR VERS LE FUTUR
Laurent Pene, responsable de la section Biologie ADN du laboratoire de l’INPS de Lyon
_ Jeudi 3 Juin 2010
AVANCÉES ET EXIGENCES DE LA MÉDECINE LÉGALE
Professeur Daniel Malicier, directeur de l’Institut de Médecine Légale de Lyon
_ Jeudi 10 Juin 2010
L’OEIL DE TIGRE OU L’AFFAIRE DES LETTRES ANONYMES DE TULLE
Francette Vigneron, journaliste
_ Jeudi 24 Juin 2010
L'INFLUENCE DE LOCARD EN POLICE SCIENTIFIQUE (CRIMINALISTIQUE)
Pierre Margot, directeur de l’école des sciences criminelles, université de Lausanne (Suisse)
_ Jeudi 1er juillet 2010
EDMOND LOCARD, LE SHERLOCK HOLMES FRANÇAIS
Jean-Pierre Crauser, membre de la société Sherlock Holmes de France
18H30 / SALLE DE CONFÉRENCES / ENTRÉE LIBRE
SALLE DE CONFÉRENCES / ENTRÉE LIBRE
7. Le polar historique (3) : Philip KERR
L’idée était audacieuse : prendre pour héros récurrent un policier de la Kripo en délicatesse avec sa hiérarchie depuis l’arrivée des nazis au pouvoir et reconverti en policier « privé » dans le Berlin d’avant-guerre, puis la Vienne d’après-guerre …
Autant le dire nettement, Philip Kerr, un écossais né en 1956 et auteur par ailleurs d’une oeuvre prolifique et multiforme qu’on peut trouver inégale, a largement gagné son pari.
Suivre les enquêtes haletantes de Bernie Gunther — un Philip Marlowe berlinois —qui l’amènent à croiser des personnages aussi sympathiques que Himmler, Heydrich, « gestapo Muller », Goebbels… et à se retrouver interné à Dachau en 1936 … devient rapidement une addiction tant l’écriture, les situations et les intrigues sont de qualité et captivent. Nous avons là la quintessence du roman noir imbriqué dans une trame historique crédible.
On commencera bien évidemment par la « trilogie berlinoise » de l’auteur qui n’a pas pris une ride depuis sa parution, il y a plus de 20 ans. Soit, et dans l’ordre : L’été de cristal (March Violets) trad. Française 1989, La Pâle figure (The Pale Criminal), trad. Française 1990, Un Requiem allemand (A German Requiem), trad. Française 1991, le tout édité par le Masque et réédité de nombreuses fois depuis 1989…
Ces trois romans ont conféré à Philip Kerr une place comparable à celle de James Ellroy dans ma bibliothèque personnelle… c’est tout dire
Mais je ne devais pas être le seul à en redemander et après des incursions dans le fantastique, la science fiction, la philisophie, l’uchronie… Philip Kerr s’est décidé à donner une suite aux aventures d’un héros de plus en plus écrasé et décalé dans un monde en pleine reconstruction qui ne vaut guère mieux que l’avant-guerre.
Nous retrouvons donc Bernie Gunther après-guerre essayant de survivre entre Russes, Américains, commandos de vengeurs juifs, réseaux d’entraide et filières d’évasion d’anciens SS et criminels de guerre.
Cela donne deux livres tout aussi passionnants qui nous entraînent à Munich, Vienne, Garmisch (La Mort entre autres, Le Masque, 2009 pour la trad. française), puis en Argentine avec un certain Adolph Eichmann : A Quiet Flame, Quercus Publishing (octobre 2008) qui n’est pas encore sorti en traduction française.
TRES CHAUDEMENT recommandé à ceux qui n’auraient pas encore lu ces joyaux et dont j’envie le plaisir et la découverte !
… C’est fini pour aujourd'hui ...
Rendez_vous sur le site Politeia (overblog) pour les dernières minutes et n’hésitez pas à nous communiquer les nouvelles (parutions, soutenances de thèses, articles, séminaires, expositions, conférences, documentaires…) qui entrent dans notre champ d’intérêt et auraient échappé à notre attention…
Avertissement :
Pour ceux qui recevraient cette « Lettre aux amis… » pour la première fois :
1/ Il y a de fortes chances que vous ayez été « dénoncé » par un/des ami(s) : cherchez le(s)quel(s)
2/ Cette « Lettre » (dont le titre est inspiré de la rubriques « Deux mots aux amis » d’un journal libertaire du début du XXe siècle) parfaitement informelle et à fréquence irrégulière, a pour but de diffuser les informations — notamment publications de livres ou d’articles, mais également soutenances de thèses, colloques ou journées d’études — en rapport avec l’histoire, la recherche, la réflexion, les archives et sources… concernant peu ou prou le domaine policier (gendarmerie comprise !)…
NB : Il n’est pas nécessaire d’aimer la police (ou la gendarmerie) pour être destinataire de cette Lettre (!) : s’intéresser à l’histoire d’institutions qui jouent un tel rôle dans l’histoire et occupent une place si délicate dans la démocratie, suffit !
MAIS si vous souhaitez ne plus figurer sur la liste des destinataires, rien de plus simple : répondez à ce courriel avec la mention STOP !
En revanche si vous connaissez des gens susceptibles d’être intéressés par ces nouvelles, n’hésitez pas, soit à leur faire suivre ce courriel, soit à nous transmettre leurs adresses électroniques (voir 1.).
Si vous souhaitez connaître ou recevoir les Lettres précédentes, il suffit de demander… ou d’aller consulter lesArchives du site http://politeia.over-blog.fr/
Dernier détail : le rédacteur de ce courriel ne saurait tout connaître de ce qui paraît et se fait dans le domaine… ce qui explique les éventuelles lacunes et absences…
Là encore, le plus judicieux est de me prévenir, je transmettrai bien volontiers l’information…
jmb